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Le retour de la momie : la tombe de Thoutmôsis II refait surface en Égypte

Alors que l’on croyait la Vallée des Rois entièrement explorée, une nouvelle tombe vient de bouleverser l’égyptologie : celle de Thoutmôsis II, souverain méconnu de la XVIIIᵉ dynastie et prédécesseur de la légendaire Hatchepsout. Une découverte qui, au-delà de son importance archéologique, réaffirme le rôle crucial de l’Égypte dans la préservation de son patrimoine historique.

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Egypte antique pharaon

Une vallée que l’on croyait vidée de ses secrets

Depuis la mise au jour du fabuleux tombeau de Toutankhamon en 1922 par Howard Carter, il était communément admis que la Vallée des Rois avait révélé tous ses trésors. Pourtant, en 2022, un coup de théâtre a secoué la communauté scientifique : des fouilles britanniques et égyptiennes ont exhumé une tombe inconnue, dont l’identification vient tout juste d’être confirmée.

Il s’agit de Thoutmôsis II, un pharaon oublié, mais dont le destin a façonné l’histoire de l’Égypte antique. Cette annonce a été relayée par plusieurs institutions académiques, notamment Cambridge University, qui a dirigé les recherches (Litherland et al., 2023).

Mais pourquoi cette découverte est-elle si exceptionnelle ?

Une tombe oubliée, une révélation inattendue

L’histoire de l’Égypte antique continue de nous surprendre. Alors que les archéologues pensaient que la Vallée des Rois avait livré tous ses secrets, une nouvelle découverte vient bouleverser l’égyptologie : la tombe de Thoutmôsis II, pharaon de la XVIIIᵉ dynastie et époux de la célèbre Hatchepsout.

Localisée en 2022, mais confirmée récemment, cette sépulture représente une avancée majeure dans la compréhension de cette période charnière de l’histoire égyptienne. Plus qu’un simple tombeau, elle nous plonge dans les tensions de pouvoir qui ont façonné le règne d’une des figures les plus fascinantes de l’Antiquité.

Thoutmôsis II : un pharaon dans l’ombre d’Hatchepsout

Si Thoutmôsis II reste un nom peu connu, son histoire est pourtant intimement liée à celle d’une souveraine qui a marqué l’histoire : Hatchepsout, sa sœur et épouse.

Le contexte historique de son règne est complexe. Il succède à son père Thoutmôsis Ier, un roi conquérant qui a étendu l’Empire égyptien. Mais à sa mort, une question se pose : qui doit lui succéder ? Hatchepsout, pourtant l’une des figures les plus influentes de la cour, est écartée au profit de son demi-frère, qui monte sur le trône sous le nom de Thoutmôsis II.

Les sources historiques le décrivent comme un roi à la santé fragile, dont le règne ne dépasse pas quinze ans. Contrairement à ses prédécesseurs, il ne laisse que peu de traces architecturales ou militaires. Après sa mort prématurée, Hatchepsout saisit l’opportunité d’accéder au pouvoir, s’imposant comme l’une des rares femmes pharaons de l’histoire égyptienne (Shaw, I., & Nicholson, P. T., 2008).

Cette découverte archéologique remet en lumière leur histoire et offre un regard neuf sur les enjeux de pouvoir à cette époque.

Une découverte archéologique exceptionnelle

L’équipe de Piers Litherland, égyptologue de l’Université de Cambridge, a d’abord cru que la tombe appartenait à une épouse royale. Mais plusieurs indices ont permis de l’identifier comme étant celle de Thoutmôsis II. Des jarres en albâtre portant les noms du pharaon et de la reine Hatchepsout ont été retrouvées, confirmant ainsi l’identité du souverain. Le tombeau comportait également un revêtement de plâtre décoré d’extraits du « Livre de l’Amdouat », un texte funéraire réservé aux souverains (Hornung, E., 1999), et un plafond orné d’étoiles jaunes sur fond bleu, caractéristique des tombes royales du Nouvel Empire.

Ces éléments ont permis aux archéologues d’authentifier la sépulture et de confirmer qu’elle appartenait bien à Thoutmôsis II (Dodson, A., & Ikram, S., 2008).

Mais si cette découverte est une avancée scientifique majeure, l’état du tombeau est préoccupant.

Un tombeau en ruines, témoin des siècles passés

Comme de nombreuses sépultures royales, la tombe de Thoutmôsis II a subi des dommages considérables au fil des siècles. D’anciennes inondations ont provoqué l’effondrement du plafond et l’accumulation de gravats à l’intérieur. Les pillages, fréquents dès l’Antiquité, ont dispersé une partie du mobilier funéraire, rendant plus difficile la reconstitution du contenu d’origine. Lors de la XXIᵉ dynastie, les prêtres d’Amon ont pris la décision de déplacer les momies royales pour éviter qu’elles ne soient profanées. C’est ainsi que la dépouille de Thoutmôsis II a été transférée à Deir el-Bahari, où elle a été redécouverte en 1881.

Son visage momifié, désormais conservé au Musée national de la civilisation égyptienne, nous donne une image frappante de ce souverain oublié (Fletcher, J., 2014).

Malgré ces dégradations, la redécouverte du tombeau apporte des informations précieuses sur les pratiques funéraires royales et sur l’architecture des sépultures du Nouvel Empire.

Pourquoi cette découverte est-elle si importante ?

Cette nouvelle tombe est une pièce manquante essentielle dans l’histoire de la XVIIIᵉ dynastie, et remet en lumière un pharaon souvent éclipsé par Hatchepsout. Cela démontre que la Vallée des Rois n’a pas encore livré tous ses secrets. Elle enrichit également nos connaissances sur l’organisation des sépultures royales et les rituels funéraires de cette période.

Elle s’inscrit aussi dans un contexte plus large. Aujourd’hui, l’Égypte cherche à valoriser son patrimoine et à attirer un nombre record de visiteurs. L’inauguration du Grand Musée Égyptien, vise à renforcer cette dynamique (Egyptian Ministry of Tourism, 2023).

Cette redécouverte s’ajoute à une longue série d’efforts pour préserver l’héritage égyptien. Cependant, ces initiatives se heurtent parfois à des enjeux politiques et culturels.

Un récit réactualisé grâce à la culture populaire : focus sur le manga Reine d’Égypte

La redécouverte de la tombe de Thoutmôsis II ne parle pas qu’aux historiens et aux chercheurs. Elle résonne aussi dans l’imaginaire collectif, notamment grâce à des œuvres de fiction qui remettent ces figures oubliées au cœur de récits contemporains. C’est le cas du manga Reine d’Égypte de Chie Inudoh, qui offre une relecture accessible du destin de la reine Hatchepsout et de sa prise de pouvoir — figure centrale de cette histoire, et épouse de Thoutmôsis II.

Publié en France par Ki-oon, Reine d’Égypte retrace l’ascension d’Hatchepsout à travers une Égypte antique fidèlement illustrée. Le récit débute avec son mariage avec Séthi, futur Thoutmôsis II, et explore les tensions de pouvoir qui les opposent dès les premières pages. Sous ses airs d’épouse idéale, Hatchepsout cache une volonté politique farouche et rêve déjà de gouverner en son nom propre.

Le manga illustre bien cette dynamique de pouvoir. Si le manga prend des libertés artistiques, il montre, dans les grandes lignes, la relation entre Hatchepsout et Thoutmôsis II : un mariage politique où la jeune reine ne se contente pas d’être une épouse docile, mais nourrit déjà l’ambition de régner.

Cette représentation, bien que romancée, participe à garder l’Histoire à portée de tous. Pour les amateurs d’égyptologie dont je fais partie, c’est un véritable cadeau que de pouvoir poser des visages, des couleurs et des émotions sur des noms et des dynasties que l’on étudie souvent à travers des ruines ou des objets brisés. Le manga donne chair à ces figures historiques, et offre une porte d’entrée précieuse vers une époque que la redécouverte de la tombe de Thoutmôsis II rend, aujourd’hui, plus vivante que jamais.

L’Égypte et la défense de son patrimoine

Cette découverte rappelle combien l’héritage égyptien est au cœur de nombreux débats. Aujourd’hui encore, l’Égypte lutte pour protéger son passé et sa représentation dans la culture populaire.

L’affaire récente entre l’État égyptien et Netflix en est un bon exemple. En 2023, l’Égypte a porté plainte contre la plateforme de streaming pour sa représentation d’une Cléopâtre d’ascendance subsaharienne, dénonçant une réécriture historique. –> Lire l’article complet ici).

Ces tensions montrent à quel point l’histoire égyptienne est un enjeu majeur, aussi bien sur le plan scientifique que culturel.

Vers de nouvelles découvertes ?

Alors que les fouilles continuent dans la Vallée des Rois, une question se pose : et si d’autres tombes restaient encore à découvrir ?

La tombe de Thoutmôsis II rappelle que l’archéologie égyptienne n’a pas encore livré tous ses secrets. Peut-être sommes-nous aux portes d’autres révélations, qui éclaireront encore davantage le destin fascinant des pharaons du Nouvel Empire.

L’histoire, loin d’être figée, continue d’être écrite, une découverte après l’autre.

📖 Pour prolonger votre lecture sur l’Égypte et son combat pour sa propre Histoire : Netflix : l’Égypte porte plainte



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